Héritier Watanabe: « Oui, on peut faire la musique sans polémiquer »

Héritier Watanabe que les autres appellent Wata Plus, Boss Live, La Pulga, Goga, Cosa Nostra.

De son vrai nom Héritier Bondongo Kabeya, un talentueux artiste musicien congolais issue de l’orchestre Wenge musica maison mère de Werrason où il a passé beaucoup d’années avant de vouloir partir pour voler de ses propres ailes. Il travaille actuellement avec « La team Wata » qui est son groupe. Son tout premier album « Retira-Carrière d’honneur » tourne très bien sur le marché des disques. Aujourd’hui il va repondre à quelques questions importantes qu’on va lui poser.

 

Bana Congo (B.C.) : Bonjour Héritier! Comment vas-tu ainsi que ta musique?

Héritier : Bonjour à vous! Je vais bien merci ainsi que ma musique par la grâce de Dieu.

 

B. C. : Beaucoup des personnes te connaissent depuis Wenge Musica Maison Mère, mais c’est comme ci avant tu étais au Wenge Bcbg de Jb Mpiana. Pourquoi quitter Bcbg pour Maison Mère? Essayes un peu de nous parler d’avant Maison Mère.

Héritier : Oui c’est normal car j’ai fait carrière dans maison mère mais j’ai eu à passer dans Bcbg à mes débuts car les aînés du quartier dans lequel j’ai grandi étaient proches du président JB Mpiana. Mais j’ai pas pu faire carrière car j’étais encore beaucoup trop jeune et JB voulait que j’obtienne d’abord mon diplôme avant d’intégrer le groupe. Et quelques temps après Werrason, décida de m’enrôler et me permettait de concilier la musique et l’école. Voilà un peu ma petite histoire.

 

B. C.: Où avais-tu eu l’idée de quitter Wenge maison mère pour voler de tes propres ailes? Alors que c’était comme une maison pour toi et Werrason était comme un père pour toi. C’était parce que ça tenu avec Ferre Gola, Fally Ipupa et Fabregas en solo et tu t’es dis bah! Je chante bien et j’ai aussi mes belles chansons, pourquoi pas tenter aussi ma chance. Avec les encouragements de David Monsoh qui était déjà derrière toi paraît-il. C’était ça?

Héritier : Non si tu observes bien tu verras qu’il n’y a pas eu d’influence pareille car les deux premiers que vous avez cités ont commencé leur carrière solo en 2006 et moi en 2015. C’est juste que le temps était venu pour moi de faire autre chose après plus de 16 ans passés au sein d’un même groupe. Faire une carrière solo trottait depuis longtemps dans ma tête. Souvent j’étais même comparé à eux lorsque j’étais encore chez maison mère. Le public voyait en moi un talent et une capacité à me lancer dans une aventure solo. Et il n’y a pas eu d’influence négative de monsieur David Monsoh. Il m’a jamais poussé à quitter Werrason. Au contraire il avait demandé à Werrason de me faire un album tout en restant dans le groupe.

 

B. C. : Retirada – Carrière d’honneur c’est votre tout premier album. Pourquoi le choix du mot Retirada et ça signifie quoi exactement?

Héritier : Oui c’est mon premier album et c’est en portugais ou espagnol qui veut dire se retirer et en mon sens c’était se retirer de maison mère afin de pouvoir lancer ma carrière solo.

 

B. C. : Avant la sortie de ton album, on t’entendait parlé souvent de la « Musique intelligente ». Maintenant on a l’album, il y a quoi d’intelligent ou du neuf dans votre album qu’on avait pas entendu avant chez les autres?

Héritier : Il y a beaucoup de choses que je pourrais pas forcément expliquer ici. Mais prenons l’exemple sur la rumba de mon pays. Nombreux sont des chanteurs qui font des tubes grâce aux insanités ce qui est totalement contraire à ce que je fais comme musique. Par ailleurs, quand vous écoutez ma chanson « Tout en noir » c’est la rumba odemba de Franco Luambo mais avec un beat de la trappe musique sur le refrain. Et mes textes sont trop philosophiques car je pense que les musiciens sont des penseurs. Raison pour laquelle je surnomme ma musique comme « musique intelligente ». Loin de moi de traiter les autres musiciens d’idiots ou stupides.

 

B. C. : Héritier, est-ce qu’on peut faire de la musique sans la polémique? Si oui, Pourquoi vous vous emballez dans des clashs ou insultes entre vous?

Héritier : Oui, on peut faire la musique sans polémiquer. Moi je ne me suis jamais lancé dans des clashs, ça vous pompe de l’énergie. J’essaie de respecter tout le monde et faudra aussi que ça soit réciproque. La polémique ne fait que créer des problèmes, pollue l’atmosphère et nous monte les uns contre les autres.

 

B. C. : Il y a une crise des producteurs dans le monde musical congolais, les musiciens galèrent pour trouver un, souvent les artistes s’auto-produisent. Mais toi et David Monsoh ça marche bien on dirait. Le monsieur travaillait avant avec pas mal d’artistes congolais, mais aujourd’hui il n’est qu’avec toi on dirait. Qu’est-ce qui lui scotche près de toi?

Héritier : Oui il y a une grande crise mais moi j’ai la chance d’avoir mon petit papa (David Monsoh). Je pense que jusque-là ma façon d’être, de travailler et de faire les choses lui plaisent. La piraterie et beaucoup de déconvenues font que le producteur ne rentre pas souvent et par ricocher certains producteurs manque cruellement de sérieux. Mais nous on se comprend et discutons beaucoup pour mieux avancer et je pense qu’on vit dans la franchise, la sincérité, le respect et surtout l’amour de l’autre tout en beaucoup travaillant.

 

B. C. : Aujourd’hui parfois on a du mal à écouter la musique congolaise en famille ou regarder un clip congolais avec les enfants. Pourquoi il y a toujours des paroles ou des messages obscènes ou des filles à moitié nue? S’il n’y a pas ces genres des choses, les gens ne vont pas consommer?

Héritier : Pour les chansons obscènes, j’en avait déjà parlé mais pour les vidéos il faudra voir ça avec les réalisateurs et producteurs. Mais nous chez nous on fait un effort de ne pas nous laisser emporter par ce fléau. Car il est vrai qu’il devient omniprésent. Donc il est de notre devoir, nous la nouvelle génération d’assainir le paysage audiovisuel.

 

B. C. : Quels sont les idoles de Wata. En Rdc, en Afrique et dans le Monde?

Héritier : J’ai été fan dès mon enfance de Michael Jackson, Papa Wemba, JB Mpiana, le grand Salif Keita, Lucky Dube et après de Magic system et plein d’autres artistes qui font de la bonne musique, pour ne citer que ceux-là.

 

B. C. : En Afrique aujourd’hui il y a le vent de l’afrobeat et d’autres styles qui souffle. Ça fait peur à la rumba congolaise ou pas? Et comment trouves-tu la musique congolaise, ça évolue ou ça régresse?

Héritier : Faire peur je ne pense pas mais oui on régresse car sinon on allait rester les premiers en Afrique. Aujourd’hui la concurrence est très rude. Je pense que la musique congolaise qui n’est pas seulement la musique rumba n’est pas beaucoup soutenue. Les structures organisationnelles de l’Etat ne s’impliquent pas comme il le faut pour aider notre musique à reprendre sa place de Leader. Les musiciens sont abandonnés à leurs propres sorts. Mais bon l’essentiel est qu’on résiste bien. Il y a un adage qui dit: qui résiste gagne.

 

B. C. : Pourquoi dans la musique congolaise d’aujourd’hui, les artistes sont plus focus sur l’amour, on ne peut pas toucher par exemple les faits sociaux ou d’autres thématiques?

Héritier : Les artistes congolais ne chantent pas que l’amour. Il y a beaucoup d’artistes chez nous qui chantent d’autres thématiques. Mais il est vrai que les chansons à succès chez nous parlent souvent d’amour et on ne peut rester que dans ce qui marche.

 

B. C. : Quand tu regardes la situation de ton pays qui est la République Démocratique du Congo. Rébellion, chômage des jeunes, situation politique instable qui est d’ailleurs la chose qui a poussé vos compatriotes de l’Europe de vous interdire de faire des concerts en Europe. Étant que patriote, jeune et aussi leader d’opinion. Tu te dis quoi?

Héritier : Si l’interdiction de la musique en Europe pouvait régler tous les problèmes qui gangrènent mon pays, j’aurai sans doute été pour. Mais depuis plus de 12ans, interdire les artistes congolais à se produire en Europe n’a jamais porté ses fruits. Y-a-t-il eu du changement au Congo suite aux boycottages des concerts? N’est-ce pas que la Côte d’Ivoire était aussi en guerre? Les ivoiriens de l’Europe s’en étaient-ils pris à leurs artistes? Et le coupé décalé a été créé pendant qu’elle période ? Cela a-t-il empêché la paix aujourd’hui dans ce beau pays qui est la Côte d’Ivoire qui est ma deuxième patrie?
L’opposition c’est bien mais il faut le faire avec beaucoup de sérieux sans faire d’amalgames. La musique n’a rien avoir avec la politique et les combattants doivent s’attaquer aux bonnes personnes et non à nous les artistes, hommes sans défenses, qui ne chantent que pour sortir nos familles de la misère. Ils se trompent de cibles, ils le savent mais ne veulent pas l’admettre peut être par orgueil ou par rancune mais le temps est remède à tout. Dieu aidant, un jour on trouvera des solutions.

 

B. C. : Peux-tu avoir un mot pour les jeunes qui font ou qui veulent faire de la musique et devenir peut-être des Héritier Wata du demain?

Héritier : Ils doivent premièrement aimer ce qu’ils font, se battre pour réussir, du sérieux, beaucoup travailler et le succès viendra car seul Dieu le donne.

 

B. C. : On veut prendre congé de toi, tu as un mot de la fin?

Héritier : J’aimerais que les ivoiriens, la communauté congolaise de la Côte d’Ivoire et d’autres frères et sœurs africains viennent me soutenir le 8 septembre 2018 au palais de la culture d’Abidjan. Et surtout qu’ils écoutent ma musique, ils vont l’aimer car il y a beaucoup de sonorité à découvrir. Et que Dieu les bénisse toutes et tous et qu’il vous bénisse aussi vous le média pour le travail remarquable que vous faites, car sans vous on existerait pas. Alors merci à vous.

 

B.C : Merci à toi également Héritier pour le temps que tu nous a accordé.

 

Rolly Manzoangani, rédaction.

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